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dans  CRÉA,  CULTURE

Ça – nouvelle #5

Publié par Charlie | Commentaires :2 | 2 mars 2014
J’ai écrit ce texte il y a trois ans (ou plus).
Il n’est pas destiné à refléter ma vie personnelle, j’admets mon ambition littéraire.
Merci donc de ne pas me recommander de consulter un psychiatre après lecture 😉
 

Ça a un corps qui change et ça tombe amoureux. Encore, encore, et encore, ça tombe amoureux. Ça perd espoir et ça recommence. « Ça va finir », qu’il disait.

Ça va finir ; en attendant ça recommence. Ça tombe amoureux et ça adule ton corps.

 

Schiele - Nu debout

Schiele – Nu debout

J’ai aimé déjà. J’ai écrit déjà, sur ça, ce flot, ce désir insensé d’aimer et d’être aimé, de connaître ce que l’humain a de plus magique, en adulant son corps, ses yeux, en adorant sa voix et son sourire.

Il sourit en riant parce que je lui plais. Ça m’a fait peur au début, j’ai cru qu’il se moquait, car je crois toujours qu’on se moque. C’est une habitude, une mauvaise.

Et ça fume et ça boit des bières en riant bêtement de blagues encore plus bêtes. C’est bon et inutile comme une cigarette, justement.

On oublie tout ; une fois qu’on sait ça on est le roi du pétrole. Rien à faire, tout sera enterré, dissimulé. Ça laissera des traces, comme l’humidité sur les murs de l’entrée. On baise et on recommence ; on se dit de jolies choses qu’on n’aura pas envie de répéter le lendemain et puis il y a un sourire qui rit et c’est comme ça. Les yeux qui rigolent et les sourires qui rient, moi, ça m’a toujours fait tomber.

Personne n’aime pour de vrai, parce qu’au départ soi-même on croit n’avoir pas été aimé assez, comme il fallait, avec les mots qui vont bien et les caresses qui caressent dans le bon sens. C’est comme ça et puis on tombe amoureux quand même. Ça ne sert à rien parce que c’est nécessaire. Il faut bien. Pour supporter un autre, un différent, un étrange étranger dans ma bulle, qui dérange mes affaires et me porte à sourire bêtement à des plaisanteries qui n’ont même pas de jolis mots pour elles.

On chante : « You and me Under a tree : k-i-s-s-i-n-g »*… Et puis on s’en fout. On glisse, on tombe, mais il faut bien tomber et mettre le nez dans la terre. On existe et l’autre aussi, en face, il faudra bien se cogner.

J’aimerais mieux rentrer avec toi mais j’aimerais mieux ne pas t’embrasser la première. Si tu m’appelles, hé bien, je mordrai, puisqu’il le faut.

Et tout disparaît comme on tire la chasse. Les jolis mots qu’on n’aura pas voulu répéter les premiers. Il faut bien répéter pour aimer, aimer encore demain, et le jour d’après.

Je lui demandais ça, rien de plus : tu m’aimes ? et demain ? et le jour d’après ?

Il me disait « je t’aime trop ». Et puis plus.

On s’aime et puis plus. Aimer c’est le verbe le plus difficile à conjuguer au présent. Il faudrait être sûr. Sûr qu’il n’y a rien d’autre, or il n’y a jamais rien d’autre. Il faudrait aimer en dépit de tout, aimer ce qu’est un humain, son histoire et ses manies, ses mots qu’il ne voudra plus répéter et qu’on aimait tant. Il faudrait oublier tout aujourd’hui et recommencer demain. Se rencontrer, encore, encore, et encore. On voudrait tant. Et on ne veut plus, on ne sait plus qu’on a voulu un jour. On devient fou, on reproche tout en hurlant : « mais je ne te reproche rien ». On est toujours coupable et victime. Bon pour la potence.

Il faudra bien mourir.

 

On relit des mots, on revoit des corps tout imprimés sur du papier photo un peu trop brillant et ça ne veut plus rien dire. On aimerait bien pleurer, ça monte comme l’eau de la mer parce qu’il faut bien, vague après vague. Finalement on sourit. On ne peut pas s’empêcher de relier les phrases avec des coordinations qui n’ont pas lieu d’être.

Je me souviens de tout un tas de détails anodins et charmants et crois bien que je joue de tout ce que je peux pour construire un nouveau pronom, un nous qui existera pour toi et moi. Les baisers sont secrets, ils appartiennent aux bouches qui s’unissent et personne ne peut prétendre les lire. Il faudrait que personne ne s’emmêle de nos baisers.

 

 

* featuring We Were Evergreen. En concert à Paris le 13 mars, on s’y croise si vous venez 😉

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