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Transports – Nouvelle #1

Publié par Charlie | Commentaires :0 | 15 février 2010

métro rencontre transports commun

Nous étions assis presque face à face dans ce métro parisien. Il était brun et je sentais son regard sur moi, ni perçant, ni pervers. Juste un regard.

J’étais assise à ma place habituelle. Je dis habituelle parce que je nourrie de nombreuses, infimes et infinies obsessions de la vie quotidienne. Ca ne me rend pas la vie impossible, ni même plus difficile ; au contraire, peut-être. Pour l’entourage, c’est une autre histoire. A moins de devoir courir pour attraper mon train – j’ai horreur d’attendre – je monte toujours dans le wagon qui me permettra, arrivée à destination, de descendre juste en face de la sortie de gare qui me concerne. Pour aller chez mes parents, troisième wagon en partant de la fin du train. Descendre par la troisième porte en partant de l’avant du wagon. Pour rentrer chez moi, deuxième wagon du métro, deuxième porte en partant de l’avant. Et je m’assois sur un strapontin, contre le mur, dos à la route ; j’ai mal au dos mais je suis à côté de la porte, je préfère. Je n’aime pas me sentir enfermée. Je ne suis pas claustrophobe mais l’idée de ne pas pouvoir sortir m’inquiète. Je suis normale.

Nous étions donc assis presque face à face dans ce wagon de métro parisien et j’étais à ma place habituelle. Et ses yeux me regardaient et d’ailleurs lui tout entier me regardait.

Je n’aime pas beaucoup que les hommes me regardent. Souvent c’est assez encombrant, un regard. Quand on ne sait pas quoi en penser, on est dérangé, et quand on sait quoi en penser, on aurait souvent préféré éviter. A vingt-trois heures passées, un regard masculin sur mes jambes dénudées par une petite robe, même habillées d’un collant, ce n’est pas confortable.

Mais lui me regarde et ne me pèse pas. Il me regarde. Je le regarde aussi et son regard ne change pas ; il ne se détourne pas, ne perd rien. Ne masque rien. Il se contente de me regarder avec intérêt. Je suis jolie, sans doute.

Merci.

Il me regarde toujours et je regarde ailleurs. Il me regarde toujours et je le regarde à nouveau. C’est un tout jeune homme. Je veux dire par là qu’il doit être un peu plus jeune que moi, vingt et un, vingt deux ans peut-être. Il est joli garçon, et il me regarde toujours. Peut-être parce que ma veste est presque du même vert que son pull. A quoi tient l’intérêt que l’on se porte les uns aux autres parfois. Je lui souris.

Je me serais attendue à montrer ce sourire ironique, un peu méchant, un peu méprisant, et très moqueur, que je dégaine souvent dans des situations du même genre. Les hommes me fatiguent en général. Leur regard m’use et eux me fatiguent, me lassent. Je préfère les faire fuir, avant d’avoir à parler, parce que je n’aime pas avoir à dire non. Le désir me séduit. Je dis bien le désir ; au-delà de la simple animalité, quelque chose de profondément beau dans le désir, quelque chose d’émouvant, de pur. Le désir, ce n’est pas si courant. Quelque chose de divin. On en connaît tous, des gens qui ne désirent plus, qui ne désirent rien. Désirer c’est se donner, non ?

Mais là, je souris tout simplement. Je suis touchée qu’il me regarde ainsi, je trouve ça aimable. Il sourit à son tour, presque tout à fait en même temps. J’ai l’impression de lui avoir dit que je suis émue. Ma vie n’est pas métamorphosée, mais je vis. C’est bon.

 

Saint-Germain-des-Prés. Adieu.

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