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Jean-Simon et la librairie itinérante : de l’apéro à Céline

Publié par Charlie | Commentaires :2 | 1 juillet 2016

Je crois que mon grand kiff avec ce blog, c’est qu’il me permet de rencontrer des gens très intéressants, aux parcours de vie atypiques, aux projets originaux voire complètement foufous, et de leur poser tout plein de questions !

Vous avez déjà rencontré Joëlle et son projet Robinson, L’Âne à nageoires, ce drôle d’animal aixois, Claire et son tarot psychologique… Aujourd’hui, je vous présente Jean-Simon, la trentaine débonnaire, ayatollah de la lecture revendiqué, adhérent au parti sympathique à vie.

Jean-Simon, je l’ai rencontré pour la première fois il y a 4 ans, lorsque je commençais à rêver de m’installer dans le sud et… d’ouvrir une librairie-salon de thé ! C’est avec curiosité et déjà beaucoup de sympathie pour lui que je pousse pour la première fois la porte de sa librairie, Voyages au bout de la nuit, à Saint-Rémy-de-Provence. J’admire son rayon bédé et celui dédié aux enfants, super alléchant, avant de craquer sur un ou deux bouquins et de passer à la caisse. Là, je scotche sur des tee-shirts marrants et stylés, et le mec m’encaisse avec un grand sourire. Je lui parle de mon projet et le félicite pour sa super chouette librairie. Il me dit qu’il comprend mon envie mais me souhaite surtout… BON COURAGE !


dico-fou-corps

3 ans plus tard, je travaille à Saint-Rémy et lui commande un guide de Rome (un achat qui s’est révélé particulièrement déraisonnable d’ailleurs #privatejoke). Au passage, j’embarque un Dictionnaire Fou du Corps de Katy Couprie, que j’avais feuilleté chez amis, le genre de bouquin que j’aurais adoré faire quand je bossais dans l’édition ! Je découvre à ce moment-là qu’il ferme sa librairie, je lui commande alors le dernier Théa Rojzman à ce moment-là, Mourir (ça n’existe pas)
, histoire de lui souhaiter bonne route, et quand je passe récupérer ma commande, le soir de la fête de fermeture, il me félicite pour ma bédé et me remercie chaleureusement de lui avoir fait découvrir Théa…

Le mec est SUPER SYMPA, vous l’aurez compris.

404-alpilles

Jean-Simon, salut ! Un an que tu as fermé ta librairie, et j’ai vu passer sur Facebook que tu es libraire itinérant maintenant… En 404 Peugeot… Explique-moi un peu, j’ai pas tout compris ! 

J’étais le libraire de Saint-Rémy depuis 8 ans, j’ai démarré 3 ou 4 ans après le départ à la retraite de mon prédécesseur. C’était 8 super belles années, à lire de très bons livres, à rencontrer et conseiller des gens vraiment sympas et curieux mais… Là, il aurait fallu refaire un emprunt, faire plein de travaux, et j’avais été entouré par des travaux qui m’avaient un peu pourri la vie pendant plus d’un an ! Bref, j’ai préféré partir avec un grand sourire et que des bons souvenirs plutôt que d’accumuler les ennuis, les frustrations…

À ce moment-là ou presque, j’ai acheté la 404, je n’ai pas pu faire autrement ! (il se marre) Et j’ai pensé que c’était parfait pour un libraire itinérant. C’est très simple : je suis toujours libraire, mais je n’ai plus de murs. Alors mes clients me passent commande, et moi je livre à domicile, on boit un verre, on discute littérature, cinéma, musique…

Depuis un an que je fais ça, m’est venue l’idée de proposer des apéros-promenades dans les Alpilles, toujours avec ma fidèle 404… Le 30 septembre, ce sera son anniversaire, elle aura 50 ans !!

Elle est vraiment superbe cette voiture, et je ne dis pas ça parce qu’on a un truc, dans ma famille, avec les voitures vertes ! Elle a une classe… Internationale !

Tu ne crois pas si bien dire ! À ses débuts, elle s’adressait aux cadres, aux médecins, aux avocats. Ensuite, ça a été la voiture des ouvriers, et puis elle s’est exportée jusqu’en Afrique noire ! Tout le monde a une sorte de souvenir de cette voiture, ce qui la rend un peu magique : elle donne le smile à tout le monde sur son passage ! C’est l’oeuvre d’un designer italien, d’où les courbes parfaites…

Ça m’épate de te voir toujours si joyeux et enthousiaste. Je vois la colère que je trimballe, moi, parfois… Je me demande comment tu fais après 8 ans de librairie !

Ha, ça m’est arrivé d’être en colère, si… Les offices sauvages, voilà qui me met hors de moi, même si peu de gens le savent. C’est un manque de respect du libraire, de son travail, de son libre-arbitre. Zemmour et les autobiographies de footballeurs, j’en veux pas ! On sort tellement de bouquins tous les ans, c’est fou, on a bien le droit de choisir quand même (merde !)

JS

Mais sinon… Être libraire, c’est être un commerçant, attention, dans le bon sens du terme. Je gérais la librairie de mes clients, tu comprends ? Je n’étais pas « chez moi », j’étais là pour les accueillir. Mon but, c’était de leur offrir ce qu’ils attendaient de moi, mais aussi et surtout bien plus ! De leur ouvrir des fenêtres inattendues. De pouvoir leur dire : « Vous avez aimé ça » ou « Vous vous intéressez à tel sujet, à telle période… Tenez, essayez ça, vous m’en direz des nouvelles ! »

Mais je ne suis personne pour les juger, pour juger leurs lectures. Beaucoup de gens sont timides, n’osent pas rentrer dans une librairie, ils ne s’y sentent ou imaginent pas à leur place. C’est dommage ! Ça arrange bien A*mazon et compagnie ! Et, franchement, très honnêtement, j’ai beaucoup plus appris que je n’ai enseigné, pendant ces 8 belles années !

Tu aurais deux ou trois très beaux souvenirs de ces 8 années à partager avec nous ? 

Il y en a tellement… (il réfléchit longuement) Un truc dont je me souviendrai toute ma vie, c’est quand mon fils était bébé, il était avec moi à la librairie, et souvent, je le berçais pour qu’il s’endorme. Je le connais, hein, si je m’interromps à tel moment pour encaisser un client, c’est foutu ! C’est quelques minutes où je ne peux rien faire d’autre. Alors, c’est souvent arrivé que je demande aux clients de faire le tour du comptoir et de s’encaisser eux-mêmes ! (il se marre)

Et sinon, je mettrais tous les apéros, concerts et autres fêtes ensemble. On a beaucoup fait la fête, dans cette librairie, beaucoup discuté et vidé pas mal de verres. C’était une librairie très conviviale et vivante, ouverte sur la vie et le monde extérieur…

Apero-alpilles

… Et la nuit ! Pourquoi avoir choisi ce titre controversé, Voyage au bout de la nuit, pour baptiser ta librairie ? Le s en plus à « voyage », ça, je crois que je comprends 😉

Ha ! C’est très simple ! Ce n’est pas de tous les livres que tu sors changé, grandi, profondément enrichi. Aujourd’hui, à mon avis, on sort 99,9 % de merdes. Et le Voyage au bout de la nuit de Céline, c’est le premier livre qui m’a mis K.O. Pas un mot qui ne soit pensé et pesé. Son écriture est violente et rythmée, c’était très important le rythme pour Céline, c’était un danseur. Il disait qu’écrire, « c’est mettre ses tripes sur la table« . C’est comme s’il n’y avait plus de filtre, le langage verbal s’oppose donc à une sorte d’écran que créerait le style. Et puis, il est drôle et fin aussi, ce bouquin, même si la première fois qu’on le lit, ça ne saute pas aux yeux, on a l’impression de se prendre baffe sur baffe… J’ai dû le lire 6 fois déjà, et je vais pouvoir le relire encore 6 fois au moins, sans aucun problème et avec grand plaisir !

D’accord, voilà, il nous faudrait des heures pour avoir cette conversation, mais je vais essayer de faire court.
Mon enthousiasme pour cette oeuvre, son oeuvre littéraire en général, ne s’applique pas au monsieur, à Louis Ferdinand Céline. Lui, c’était un sociopathe nervosé, empreint d’une vraie haine de l’humanité, et je n’ai ni excuses ni pardon pour ses pamphlets, ses propos antisémites… Rien.

Mais il ne faut pas confondre l’auteur et son oeuvre, et il n’y a rien d’antisémite dans le Voyage. Quant à Mort à Crédit, c’est sa vraie oeuvre, pour lui, il y raconte son enfance, son père antisémite… Il y a mis tellement de lui ! Or il a été très mal reçu, tout le monde lui est tombé dessus, en particulier quelques critiques juifs, alors que le Voyage avait obtenu le prix Renaudot en 1932… Ça a cristallisé quelque chose en lui, ce sentiment d’injustice.

C’était le premier auteur qui me parlait directement au coeur, qui formulait ce que je n’arrivais pas tout à fait à penser. J’avais 18-20 ans, c’est le bon âge pour rencontrer le Voyage, je pense. La violence, la guerre, la pauvreté, la psychiatrie… Mais dans le Voyage, on voit que Céline a encore foi en l’humanité, il a encore espoir que les gens soient bons. Le livre parait très sombre, mais il y a toujours un éclair de lumière quelque part qui empêche de désespérer. Une petite phrase qui te fait tenir… En dépit des baffes !

404-profil

Et les projets, à part les livraisons de livres et les apéros en 404 ?

Je continue vraiment mon travail de libraire, j’organise des rencontres entre des auteurs et les lecteurs. Par exemple, ces prochains jours j’accompagne Paolo Bacilieri et sa bande-dessinée Fun, le vendredi 1er juillet à la librairie Le grenier d’abondance à partir de 18h30, le samedi pour l’apéro de midi à la librairie Lettres Vives à Tarascon, et le samedi 2 juillet au soir à Saint-Rémy, chez Fratelli, un resto italien qui nous offre accueil et buffet italien… On va se régaler ! (Pour en savoir plus, c’est ici)

C’est une super BD sur les mots croisés, ça peut faire un peu peur dit comme ça, mais c’est super marrant ! D’ailleurs les critiques sont excellentes (à lire ici ou ). Il introduit dans l’histoire des mots croisés une mise en abyme avec un certain Pippo Quester (facilement identifiable comme le grand Umberto Eco) et le double littéraire de Paolo, Zeno Porno. Une lecture horizontale et verticale donc, magnifiquement orchestrée, on est happé, et tel un mots croisés bien foutu, on ne peut le lâcher avant d’en avoir fini, délaissant toutes les choses « utiles » de la vie.

Ses dessins sont parfaits également, le noir et blanc, évidemment nous rappelle les cases du passe-temps favori du monde entier, et ils sont ciselés qu’on dirait parfois Tanigushi, il faut dire que le milanais Bacilieri a bossé avec le grand Manara.

Et moi, j’en profite pour présenter le premier mots croisés que j’ai fabriqué, publié dans la superbe revue Desports.

À part ça… Je travaille sur une adaptation au théâtre de 3 de mes romans préférés : Demande à la poussière de John Fante, Dernier stade de la soif de Frederick Exley et Fuck America de Edgar Hilsenrath. Ces 3 auteurs sont des écrivains maudits comme je les aime, des lossers magnifiques. Ils parlent de l’Amérique, des femmes, de la reconnaissance et de l’amour d’une façon profondément humaine… J’ai décidé de les faire causer dans un bar, avec l’envie d’apporter ces 3 auteurs au plus grand nombre.

Pendant la vingtaine, on parle beaucoup, on « refait » le monde… Mais pas grand chose de concret n’en sort ! Avec la trentaine, j’ai décidé de faire aboutir mes idées, de me donner les moyens !

Et à part ces trois-là, qu’est-ce que tu me conseilles de lire absolument ? J’ai toute confiance en toi !

Karoo de Steve Tesich, Et quelque fois j’ai comme une grande idée de Ken Kesey, L’homme qui savait la langue des serpents de Andrus Kivirähk, L’empreinte du lézard de Philippe Assié, brut et drôle, comme un western minervois… Et le Voyage au bout de la nuit, bien sûr !!

 

Un grand merci Jean-Sim’ pour ce chouette moment partagé, j’espère que ça vous aura intéressé, intrigué, et que vous allez vous jeter sur ses recommandations de bouquins (moi je commence par L’homme qui savait la langue des serpents !!). Si vous êtes dans la région et que vous souhaitez lui commander des livres, ceux-là ou d’autres, contactez-le via sa page Facebook ! Ceux qui sont libres, on se retrouve demain soir chez Fratelli ? Avec plaisir !

BONUS : si vous venez de la part de Charlie O’Plumes, vous aurez droit à un super prix d’ami sur La Tournée du libraire, votre apéro entre copains ou inconnus en 404 ! On dit merci qui ?

 

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